Conjoncture du transport routier de marchandises
Les transporteurs endurent depuis septembre un second choc « gazole », avec des prix à la pompe désormais supérieurs au pic d’avril dernier. Cette situation fragilise de nouveau leurs trésoreries et tend leurs relations commerciales avec certains clients : remise en question de la répercussion « gazole », pression sur les prix spot ou encore allongement des délais de paiement.
L’activité du TRM pour compte d’autrui, exprimée en tonnes-kilomètres, a néanmoins été solide au 1er semestre. Et l’emploi salarié sectoriel est demeuré stable. Les dirigeants s’avèrent cependant pessimistes quant à leur activité et à leurs embauches de cette fin d’année.
Malgré une nouvelle baisse, modérée, des défaillances de transporteurs au 3e trimestre, les fragilités financières accumulées font craindre un rebond au cours des prochains mois.
Les transporteurs encaissent un second choc « gazole »
Après une détente passagère en juin, les cours internationaux du pétrole Brent sont repartis à la hausse en juillet, suivant l’échec des discussions entre les États-Unis et l’Iran. En réaction aux frappes iraniennes sur un pipeline saoudien stratégique, le 14 septembre, et aux prises de position des rebelles houthis dans le détroit de Bab el-Mandeb, les cours ont une fois encore fortement progressé en septembre, franchissant à nouveau le seuil psychologique des 100 $ par baril. Le 23 octobre, à l’ouverture des marchés, le Brent s’échangeait à 113 $ le baril.

En aval, les marges de raffinage ont fortement augmenté sous l’effet de plusieurs facteurs :
- La réduction de l’offre mondiale consécutive aux frappes de drones ukrainiens contre des raffineries russes ;
- Les frappes iraniennes visant des raffineries saoudiennes et émiraties ;
- Les opérations de maintenance actuellement menées dans les raffineries américaines ;
- Les difficultés des raffineries européennes à accroître suffisamment leur production, faute d’investissements au cours des années précédentes.
Pour illustration, la marge brute de raffinage de TotalEnergies a plus que doublé, passant de 13,5 $ par baril au 2e trimestre à 33,2 $ au 3e trimestre.
Les nouvelles marges des raffineurs expliqueraient un cinquième de la hausse du prix du gazole observée entre février et octobre.
Cette situation a porté le prix moyen du litre de gazole en France au-delà de 1,3 € HT et de 2,3 € TTC à la mi-octobre, soit des hausses respectives de 66 % et de 38 % depuis la fin février. Cet écart de variation HT / TTC s’explique par l’effet amortisseur du droit d’accise (ex-TICPE) : son montant étant fixé en euros par litre, indépendamment des prix, il atténue la hausse du prix TTC en pourcentage.
Pour les transporteurs routiers de marchandises, qui bénéficient du remboursement partiel du droit d’accise, le prix du gazole professionnel a augmenté en septembre de 6 % sur un mois, de 23 % sur trois mois et de 46 % par rapport à février.

Les trésoreries se sont à nouveau tendues
Le redressement relatif des trésoreries du TRM observé durant l’été n’aura été que temporaire. La gravité des tensions financières demeure donc entière. Le solde d’opinion des dirigeants du TRM qui en rend compte, mesuré chaque trimestre par l’enquête « Climat des affaires » de l’Insee, est lourdement retombé en octobre et approche son point bas d’avril.

Le CNR mesure un alourdissement des coûts de transport routier de longue distance, gazole inclus, de 9,9 % sur un an. Parallèlement, l’Insee relève une hausse des prix des transports routiers de fret de seulement 6,5 %.

Enquête TLF : des relations commerciales plus tendues
L’enquête menée par l’Union TLF auprès de ses adhérents du 11 au 22 septembre confirme que les hausses du prix du gazole ne sont pas systématiquement et intégralement répercutées, particulièrement par les plus petits transporteurs. En outre, elle fait ressortir des tensions accrues dans les relations commerciales, avec parfois des contestations de l’indexation gazole, une pression sur les prix spot et un allongement des délais de paiement ; soit des comportements qui fragilisent davantage les transporteurs.
Résultats clés de l’enquête :
— 73 % des transporteurs estiment répercuter convenablement les fluctuations du coût du gazole. Cette proportion tombe toutefois à 50 % pour ceux ayant moins de 10 salariés ;
— 45 % déclarent que des clients ont voulu contester l’indexation, contre 33 % en mars ;
— 46 % constatent une pression accrue sur les prix spot des transports ;
— 48 % signalent un allongement des délais de paiement, contre 25 % en mars ;
— Seuls 16 % estiment être payés dans le délai légal de 30 jours, contre 23 % en mars. À l’inverse, 29 % annoncent être réglés à plus de 45 jours, contre 15 % en mars.
Consulter le communiqué de presse de l’enquête TLF : ICI
Le climat des affaires sectoriel s’est détérioré en octobre
Après être resté proche de sa moyenne de long terme en juillet, août et début septembre, l’indicateur synthétique du climat des affaires du TRM, mesuré par l’Insee, s’est nettement dégradé en octobre (94,9 points).

Un tiers des dirigeants du TRM estiment manquer de demande (34 %). Cette proportion est stable par rapport au mois de juillet et reste inférieure à sa moyenne de longue période (46 %). Ceux déplorant des freins liés à l’offre (conducteurs, véhicules) sont en octobre un peu plus nombreux (40 %).

Tonnes-kilomètres pour compte d’autrui : une activité solide au 1er semestre
Selon les données provisoires du service statistique du ministère des Transports (SDES), l’activité des transporteurs français pour compte d’autrui, mesurée en tonnes-kilomètres, a augmenté de 1,7 % sur un an au 1er semestre. Après une progression limitée au 1er trimestre (+0,5 %), la croissance s’est accélérée au 2e trimestre (+2,8 % sur un an). Avec plus de 75 millions de tonnes-kilomètres réalisés pour compte d’autrui de janvier à juin, l’activité atteint son plus haut niveau semestriel depuis au moins douze ans, soit depuis le début de la série statistique trimestrielle transmise par le SDES.

Le TRM en compte propre recule, quant à lui, de 9,7 % sur un an au 1er semestre, en lien avec le repli de la construction.

L’emploi du TRM est resté stable au 1er semestre. Ses perspectives se détériorent
Fin juin, les entreprises du TRM employaient 428 800 salariés (cvs-cjo), soit un effectif relativement stable sur un an (+0,3 %). Pour comparaison, l’emploi salarié privé français, tous secteurs confondus et hors intérim, a lui modérément reculé (-0,3 %).

La tendance prévue des effectifs du TRM pour les trois prochains mois, mesurée par l’Insee dans son enquête « Climat des affaires », n’entrevoit pas d’augmentation à court terme. Une contraction de l’emploi sectoriel ne serait d’ailleurs pas à exclure.

Les défaillances du secteur pourraient de nouveau augmenter
La modeste décrue des défaillances de transporteurs, amorcée l’an dernier, se poursuit. Le cabinet Altares a recensé 322 défaillances au 3e trimestre. C’est 6,1 % de moins qu’au 3e trimestre de l’année précédente. La part des liquidations judiciaires s’établit à 65 %. Ce décompte d’Altares comprend les entreprises du transport routier de marchandises et de la location de camions avec conducteur, soit les codes APE 49.41 A, B et C.

À la demande de l’Officiel des Transporteurs, le cabinet Ellisphere réalise un autre décompte des défaillances sectorielles. Son périmètre est plus large que celui d’Altares : il couvre les transports de fret et la logistique, incluant le TRM, la messagerie et le fret express, les activités de poste et de courrier, le déménagement, les services auxiliaires des transports terrestres, la logistique et la location avec et sans conducteur. Sur ce périmètre, Ellisphere relève une première et modeste décrue des défaillances au 2e trimestre (-2 % sur un an).

Un rebond des défaillances fin 2026 et/ou au 1er semestre 2027 serait à redouter au regard des difficultés de trésorerie imputables à la hausse du coût du gazole en mars-avril, puis en septembre. Pour de nombreux transporteurs, le bilan comptable de l’exercice 2026, qui sera établi l’an prochain, pourrait mettre en lumière l’ampleur des fragilités.
Contacts :
Christophe Marques
Délégué aux affaires économiques de l’Union TLF
cmarques@e-tlf.com
Olga Alexandrova
Directrice Déléguée au Pôle « Terrestre »
oalexandrova@e-tlf.com
Jules Benoist
Chargé de mission au Pôle « Terrestre »
jbenoist@e-tlf.com


